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Remontée boursière au Canada : la réalité derrière les apparences
Clément Gignac
Économiste en chef et stratège
Financière Banque Nationale
12 mai 2008
En règle générale, les bourses sont à la peine en période de récession. Depuis 1960, elles ont perdu en moyenne 21% entre le décrochage de l'économie et le creux du marché. Le recul de 18.5% du S&P 500 lors de la récente correction aux États-Unis, entre le pic du 9 octobre et le 10 mars, n'était donc pas très loin de la normale.
En janvier, au moment où bon nombre de gourous de la finance tiraient la sonnette d'alarme, nous avions décidé de cesser de sous-pondérer les actions car le risque de nouvelle baisse devenait plus limité. Nous faisions alors remarquer que les marchés se reprennent habituellement bien avant la fin de la récession elle-même. Et de fait, une fois l'orage passé, la bourse américaine a connu un bon rétablissement et se situe maintenant à 10% au-dessus de son point bas de mars.
Le rebond de la Bourse canadienne a été encore plus prononcé, avec une hausse de 15% depuis le creux de mars et de près de 20% depuis celui de janvier. Mais ce qui est peut-être le plus impressionnant, c'est que son indice de référence, l'indice S&P/TSX, est maintenant proche de son sommet de tous les temps.
Comme le montre le graphique, après conversion en dollars canadiens, l'indice de référence du Canada a surpassé celui des États-Unis chaque année depuis 2001. On n'avait pas assisté à une aussi longue séquence depuis 48 ans.
Cela peut-il durer encore longtemps ? Cela est évidemment difficile à dire, mais on peut rappeler que les excès ont tendance à se corriger - et la moyenne à prévaloir - avec le temps. Nous invitons toutefois les investisseurs à analyser la dernière remontée boursière. La résistance du marché canadien, face à l'éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis, rappelle celle d'autres marchés fortement liés aux matières premières comme ceux du Brésil et de l'Australie. Or cette reprise, trop concentrée sur l'énergie et les matériaux, manque de profondeur.
Même si le Canada est membre du G7 et a probablement les meilleures assises réelles de ce groupe, son marché boursier a été plus corrélé ces derniers temps avec les prix des matières premières - eux-mêmes en partie déterminés par l'expansion rapide des pays émergents qui sont de consommateurs importants de richesses naturelles canadiennes - qu'avec le ralentissement économique des États-Unis et d'autres pays industrialisés. Sans l'apport des secteurs Énergie et Matériaux, l'indice S&P/TSX serait 9% inférieur par rapport au niveau courant. Il serait aussi inférieur de 9% si on en avait retranché les dix meilleures actions (pour l'essentiel des titres de l'énergie et des matériaux, d'ailleurs).
Cela constitue pour nous un clignotant d'alerte. Nous doutons de la durabilité de la reprise des matières premières, du fait qu'elle menace la stabilité des prix dans le monde entier et qu'on attend une décélération de la croissance mondiale cette année. Devant l'étroitesse de la remontée boursière au Canada, nous recommandons aux investisseurs de diversifier leurs placements sur les plans géographique et sectoriel, afin de faire moins dépendre leur portefeuille d'un seul pays ou d'un seul secteur.
Bonne semaine!
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